De rouille et d’os

Quelques siècles après tout le monde (je fais mon mea culpa, il faut vraiment que je sois dans un bon jour pour supporter un film dur au cinéma, d’autant plus quand on y traite d’atteintes au corps, de mutilation, de violence… suis une petite nature…), nous sommes allés voir De rouille et d’os, de Jacques Audiard (au cinéma L’aventure, derrière la Bourse. Chaque fois que j’y vais, j’ai l’impression de pénétrer dans un ciné X, moquette zébrée et murs fuchsia obligent !) Ca n’a pas loupé, j’ai fermé les yeux à plusieurs reprises (j’ai même failli me boucher les oreilles mais il me fallait une main libre pour broyer celle de Foxtrot!) J’en ai tout de même assez vu pour apprécier la photographie, l’interprétation des deux acteurs principaux, surtout leur gestuelle, leurs déplacements, les mouvements utilisés autrefois pour dompter les orques que Marie répète sur son balcon après son accident.

J’étais personnellement moins fan de la photographie, que j’ai trouvée un peu « m’as-tu-vu » avec ses moments saturés de soleil ou la granulation de la scène des orques. Par contre, le personnage d’Ali est vraiment fascinant et parvient à crever l’écran par son animalité et la violence qui émane de lui à tout moment. Marion Cotillard parvient à se maintenir à la hauteur la plupart du temps, aidée, il faut bien le dire, par la fascination qu’exercent ses moignons, puis ses prothèses. J’ai bien aimé la manière dont elle rendait la fascination qu’Ali exerce sur son personnage et la soif de vivre qu’elle en retire mais un peu moins son côté maniéré lors des dernières scènes. J’ai détesté le happy end, inutile, léché et hautement improbable.

Pour ce qui est du scénario, je ne sais pas très bien par quel bout prendre mes sentiments. J’aime la trajectoire complètement irresponsable d’Ali : il ne se refuse jamais un plaisir, il est violent, néglige son fils, lui explose dessus à la moindre contrariété, dans une absence totale de réflexion sur sa vie, ses comportements et leurs effets sur les gens qui l’entourent. C’est cette absence de conscience de soi et ce côté jouissance de l’instant au premier degré qui va lui permettre de tirer Stéphanie de la dépression, ce qui m’apparait à la fois comme assez juste et un peu bateau. Le film est assez réussi dans sa manière de montrer tout le potentiel nuisible, toxique et chaotique d’Ali et à nous le rendre parfois sympathique et attachant. Il semble en cela conçu pour perturber le petit-bourgeois qui oscille entre réprobation moraliste, attachement pour sa franchise brutale et fascination pour ses désirs sans détour. C’est peut-être typiquement petit-bourgeois de résumer cela à un schéma ouvrier-chômeur-amoral-violent, non ? J’avoue bien tomber dans ce panneau mais je ne saurais dire si c’est dû aux mérites du film ou à mon embourgeoisement (mouais… quant à moi, j’ai simplement oscillé entre admiration pour ses mouvements de fauve et irritation : je déteste ce qu’il me rappelle des types de mon école primaire ou de mes voisins qui engueulent leur gosse sans mesure, même si je reconnais que ce personnage est tout à fait outrancier).

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