Pylade de Pasolini

Le Rideau de Bruxelles démarre la nouvelle saison sur les chapeaux de roue avec une pièce et un lieu tous deux impressionnants. Cette année encore, le Rideau sera nomade : l’occasion de découvrir de nouveaux lieux dans des endroits parfois surprenants (une fabrique réaffectée près de la Gare de l’Ouest dans ce cas-ci.)

La salle Carthago Delenda Est est un projet de Lazare Gousseau qui s’offre comme lieu de répétition pour une douzaine de compagnies (le National y compris) mais on y organise aussi des cours, des expositions, des tournages. Il s’ouvre au public cette année avec une pièce de Pasolini, qui trouve ici une scène à sa hauteur.

On entre dans le hangar principal, en longeant une étagère gigantesque pour prendre place dans un demi-cercle de chaises définissant un espace central assez flou où picorent quelques poules. Les acteurs sont appuyés nonchalamment contre les murs et observent les spectateurs.

La lumière du soir, qui décline tout au long de la pièce, éclaire la scène. L’utilisation de la lumière dans la mise en scène est d’ailleurs particulièrement imaginative et vaut le détour à elle seule. Le texte, quant à lui, m’a paru beaucoup plus accessible que beaucoup d’autres de Pasolini et préfigure des questions contemporaines (les compromissions parfois infâmes du jeu démocratique, les impératifs de la société de consommation, etc.)

On retrouve les textes très denses de Pasolini avec ses motifs poétiques habituels: les jeunes hommes, le sexe, la mort. Les acteurs s’en sortent pour la plupart très bien à l’exception, à mon avis, d’Athéna qui déclame de manière assez exaspérante (d’un autre côté, ce n’est jamais facile de jouer une déesse). Elle ne m’a pas dérangée, tous les acteurs déclament un peu, le texte me paraît difficilement permettre autre chose. Et son costume est superbe! L’interprétation d’Oreste me semblait plus faible, quant à moi. Pour ce qui est du contenu, on observe les interrogations du libéralisme et les tentations fascistes et communistes dans des échanges sans manichéisme. Enfin, la mise en scène atteint un bon équilibre entre intellectuel et sensibilité avec, en plus du travail sur la lumière, des pièces musicales interprétées par deux des acteurs.

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