Cairo 678

Dans ce film réalisé par Mohamed Diab, Fayza, Seba et Nelly, trois femmes d’aujourd’hui, de milieux différents, s’unissent pour combattre le machisme agressif et impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Déterminées, elles vont dorénavant humilier ceux qui les humiliaient. Devant l’ampleur du mouvement, l’atypique inspecteur Essam mène l’enquête. Qui sont ces mystérieuses femmes qui ébranlent une société basée sur la suprématie de l’homme ? (http://www.cinebel.be)

Ce film, d’une tension dramatique maîtrisée, est inspiré de faits réels et, quasi en même temps que le documentaire “Femmes de la rue” réalisé par Sophie Peeters, nous plonge au coeur du problème du harcèlement sexuel. Le trio de femmes, aux parcours psychologiques et sociaux très différents, agit comme un prisme révélant les différents effets et manifestations du harcèlement : violence, peur mais aussi loi du silence, stigmatisation des victimes, minimisation des faits par l’entourage, impact socio-économique, image de soi, jugement par les autres femmes, etc.

Ce trio permet également de parcourir diverses réactions possibles face à ce fléau : violence, procédure judiciaire, auto-défense et sensibilisation, toutes ayant leur utilité et leurs limites, la violence permettant finalement une prise de conscience publique du phénomène qui soutiendra l’exercice de la loi. Je souligne le traitement en finesse des personnages, aucune ne se contentant d’une seule prise de position. Les personnages masculins sont quant à eux plutôt secondaires mais nuancés, tout du moins certains : si le commissaire m’a quelquefois irritée par son paternalisme, il est tout de même le seul à écouter et protéger ces femmes. De même, Abdel, le fiancé d’une des victimes, n’a rien de l’idéaliste benêt.

Pour ce qui est des composantes techniques du film, j’ai beaucoup apprécié le cadrage qui rendait bien compte, à mon avis, du sentiment d’aliénation subi par ces femmes. J’ai quant à moi trouvé les images très belles (oui, les personnages en laiton au début!), notamment en ce qui concerne le traitement de la lumière. Mais ce film n’est pas léché, le rythme l’emporte rapidement sur tout parti pris esthétisant.

Enfin, soulignons l’absence de jugement religieux ou culturel réducteur dans ce film qui réussit la gageure d’être engagé sans être manichéen, de susciter à la fois questions et empathie, conjuguer situation particulière et violence universelle.

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