Hors-champ au Théâtre National

Mardi, Tango et moi avons eu la chance d’assister à la répétition générale de Hors-Champs,  une chorégraphie de Michèle Noiret, réalisée en collaboration avec le cinéaste Patrick Jean et présentée au National. Pour une fois, donc, nous éviterons de publier notre billet après la dernière représentation!

Comme souvent au National, on est impressionné par les moyens déployés dans la mise en scène, mais cette fois-ci cela nous a semblé être véritablement au service de l’oeuvre. La scène est surplombée par un grand écran, de type cinéma, et la pièce commence par la projection d’un film, dans lequel on voit un homme et une femme dans leur salon. Un couple s’approche de leur porte d’entrée et sonne. Ils entrent et saluent leurs hôtes, arrivent dans le salon et écartent le rideau de la porte fenêtre. C’est à ce moment-là que l’on réalise que la scène est filmée en direct dans un décor de studio installé sur les planches du National et que l’on aperçoit les comédiens observant la salle par la fenêtre…

Les danseurs évolueront ensuite au milieu des décors en mouvement, suivis par un caméraman qui révèle et mime tout à la fois le hors-champ du spectacle. Quand les comédiens sont filmés dans leur chambre, l’écran nous montre ainsi une scène d’intérieur intimiste alors que nous pouvons voir la facticité du décor exposé devant nous.

La caméra, avec ses prises de vue plus resserrées, n’est pas toujours tendre avec les comédiens, qui sont danseurs avant d’être acteurs, et met en évidence une certaine maladresse dans leur jeu. La confrontation des dispositifs cinématographiques et théâtraux nous permet également de mesurer l’écart entre ces deux pratiques artistiques.

La pièce interroge constamment le statut des images, l’écran reproduisant tantôt ce qui se passe sur scène en direct, tantôt avec un décalage d’une ou deux secondes.  Des plans préenregistrés peuvent aussi se glisser entre deux plans en direct. Les acteurs et le caméraman recréent également des atmosphères de film particulières (David Lynch, Godard, pulp, film d’arts martiaux). De même, l’écran diffuse régulièrement des images d’archive ou d’actualité. Le spectateur est ainsi encouragé à interroger son rapport à certaines images projetées quotidiennement dans son salon : scènes de lapidation, prises de vues depuis des hélicoptères de combat, images de vidéosurveillance, etc. Les mêmes scènes sont parfois jouées plusieurs fois pour créer une impression de déjà-vu.

Assister à Hors-Champ est une expérience stimulante qui ne se contente pas d’aligner les idées intelligentes mais parvient à vraiment toucher le spectateur tant sur le plan esthétique qu’intellectuel.

Hors-champ, création / conception de Michèle Noiret et Patric Jean
Chorégraphie de Michèle Noiret

Du 24 avril au 8 mai 2013 au National (Boulevard Emile Jacqmain 111-115 à 1000 Bruxelles)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s