Archive for ‘La bibliothèque’

January 27, 2013

Vingt-trois prostituées

Bonnes résolutions obligent, Foxtrot et moi avons décidé de nous lancer dans un “défi lecture” : chaque mois, l’un de nous deux sélectionne une lecture pour que nous en discutions ensuite sur le blog.

J’ai donc choisi pour ce mois de janvier la BD Vingt-trois prostituées du Canadien Chester Brown, publiée aux éditions Cornelius.

“Au terme de sa rupture avec Sook Yin Lee, Chester Brown décide qu’il ne veut plus de petite amie. Trois ans d’abstinence plus tard, il décide de sauter le pas et de fréquenter les prostituées. Cet album évoque chacune des vingt-quatre filles avec lesquelles l’auteur a eu des relations sexuelles tarifées entre 1999 et 2010.” (www.cornelius.fr, parenthèse dans la parenthèse : le site de cette maison d’édition est très rigolo!)

Après avoir lu l’avis de Chronicart sur cette BD et m’être senti a priori en désaccord avec leur prise de position conservatrice, j’ai décidé de proposer cette lecture à Tango qui joue souvent le rôle de contrepoids à mon libéralisme débridé. Chester Brown nous offre ici un portrait assez honnête et frontal de ses relations tarifées. On peut y découvrir aussi une (sa?) personnalité assez désaffectée: lorsque sa petite amie lui annonce qu’elle est amoureuse d’un autre et qu’elle souhaiterait une cohabitation à trois, sa réaction est pour le moins flegmatique et donne le ton pour le reste du récit.

J’ai été assez impressionnée par cette bande dessinée : le dessin en noir et blanc sert la plupart du temps un humour pince-sans-rire dont je raffole. Malgré mes craintes, je n’y ai vu aucun misérabilisme, ce qui n’a pas empêché certaines cases de me donner froid dans le dos. La succession des épisodes, scandée par le prénom des 23 (en réalité 24)* prostituées que Chester rencontre, est menée de façon alerte. De temps à autre, le personnage principal débat avec ses amis, hommes et femmes, de son choix d’une sexualité libérée des notions d’amour romantique et d’engagement. Des appendices  et notes complètent l’ouvrage : celles-ci laissent par exemple aux amis de Chester – dont l’auteur de bandes dessinées Seth – la possibilité de nuancer leurs propos rapportés dans la BD ou à Chester l’occasion de développer son avis sur la légalisation de la prostitution ou de s’opposer aux critiques généralement formulées au sujet de la prostitution. Les prostituées sont souvent décrites de manière plutôt positive : elles discutent avec Chester de son travail de dessinateur ou des avantages et inconvénients de leur activité.

 

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July 1, 2012

Les ignorants

« Un vigneron chez Jean-Pierre Gibrat ou chez Emmanuel Guibert, et un auteur de bande dessinée dans la vigne : mais qui sont-ils ? Deux ignorants ! Comment, pourquoi, et pour qui faire des livres ou du vin ? Les réponses à ces questions forment le récit vivant et joyeux d’une initiation croisée. » (http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=790044)

L’idée de croiser les initiations est intéressante mais cet album n’exploite pas les ressources de la bande dessinée (comme le faisait par contre de manière originale Scott McCloud dans L’art invisible) et donne à lire un joli récit – un poil trop didactique à mon goût – qui s’attarde sur quelques auteurs ou dessinateurs talentueux et reconnus mais qui ne révèle pas de nouveaux talents et aurait presque pu prendre la forme d’un texte.

Effectivement, j’ai trouvé la lecture plaisante mais pas mémorable. L’auteur semble surtout se faire plaisir avec un noir et gris agréable qui recrée, avec un certain succès, un plaisir bon vivant et légèrement romantique (le terroir, les vendanges, le passage des saisons, les potes…) Le sujet n’est pas tant la BD que la découverte de celle-ci par une personne extérieure à ce petit monde. Il y a quelques interrogations intéressantes (ex. Moebius, un grand auteur ? Je dirais oui, mais pourquoi ? Une fois retirée de son contexte, comment convaincre quelqu’un de la valeur d’une œuvre ?) Mais on perçoit que l’auteur semble plus à l’aise dans l’évocation du rapport à la terre et des gens qui la travaillent que dans le traitement  de la BD, et le livre semble dès lors plus parler de vin, de paysages et de terroirs que de cases et de bulles. Mais les personnages sont assez sympathiques et, si on considère les réactions de rejet du vigneron face à certains albums ou l’attitude plus que dubitative de l’auteur par rapport à la biodynamie (sorte d’homéopathie agricole), ne tombent pas dans l’enthousiasme béat. On évite donc l’écueil du livre par un fan pour les fans.

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